Voilà l’été, enfin, à ce qu’il parait, oui, enfin presque……

Je m’occupe, donc je lis, j’écoute des disques, regardent et accessoirement je mange….., le reste, c’est ma vie privée,  donc  elle ne regarde que moi.

Donc  je lis, oui, beaucoup, environ 1 livre semaine et des découvertes marquantes, mais qui évoquent plus l'hiver que l'été

En 1er lieux, Louis Guilloux, le sang noir, son roman de 1935, et là je le tiens pour le plus grand roman français du XX iéme siècle, devant tous les autres, Proust, Céline, Camus et compagnie. Ce livre singulier conte l’histoire d’un professeur de philosophie François Merlin surnommé Cripure (jeux de mot sur le philosophe Kant « critique de la raison pure ») lors d’une journée de 1917 qui va s’avérée dramatique pour lui. Cripure vit avec Maïa, une dame du peuple, inculte et vulgaire (ce n’est pas une critique de ma part.. attention) mais ne pense qu’a Toinette son ancienne femme, sans doute morte, son mariage a été un échec et il subit les humiliations et les moqueries de tous.

Cet ouvrage est une véritable bombe, une critique cinglante de l’hypocrisie, la bêtise, un véritable pamphlet contre la 1ère guerre et le patriotisme béat. L’auteur n’hésite pas à dénoncer les tueries inutiles, l’envoi au massacre de toute une génération par des généraux qu’il compare à des criminels et mets à bas les images d’Epinal où l’on voit ces soldats partir au combat la fleur au fusil, souriants et fiers de se battre pour la patrie (voir la scène de la gare) mais Cripure lui n’est plus un homme révolté, il est pitoyable, moqué de tous de ses concitoyens, collègues, élèves, il a abandonné la lutte, vit dans le passé et va courir au drame en voulant sauvegarder son honneur.

Donc, on a plus affaire à un roman métaphysique, comme le définissait Emmanuel Kant (d’où le surnom de Cripure, enfin je le pense) qui considérait que "le jugement est le lieu de la vérité et que la recherche de la vérité culmine dans le jugement", certes l'auteur décrit la vie d'une petite ville de province en 1917, les soubresauts de la révolution russe, les desertions dans l'armée française mais il met surtout en évidence que Cripure ne fait que juger son époque sauf qu’il ne se bat plus mais un sursaut d’honneur va se réveiller chez lui comme en chacun d'entre nous, il ne fait que sommeiller dans notre ame mais en bien ou en mal, il s'assoupit mais chacun est maitre de son choix et la dignité importe plus que tout. C'est l'homme qui l' intéresse et comment il ressent son environnement, en fin de compte, le sang noir est le plus grand roman "dostoïevskien" français.

Ce qui est étonnant également dans ce roman est sa construction, un mélange de monologue intérieur et de récit à proprement parlé qui le rapproche de certaines œuvres de Faulkner et de céline, à qui on a souvent comparé Louis Guilloux, sauf que lui était communiste, il a quitté le parti aprés un séjour avec Gide dans l' Union Soviétique de Staline, un homme de raison, pas de doute la dessous.

Pour finir, à sa parution, le roman était accompagné d’une bande citant, « la vérité de cette vie, ce n’est pas qu’on meurt, mais qu’on meurt volé » et c’est malheureusement vrai.

Les prochains posts porteront sur trois autres grands moments de lectures que furent les romans suivants :

- Le bruit et la fureur de William Faulkner (USA )

- Le meilleur de Bernard Malamud (USA )

- La plaisanterie de Milan Kundera (Tchécoslovaquie à l'époque )

Et comme c'est l'été, un peu de pop sautillante

THE YELLOW BALLOON- "YELLOW BALLOON" (W/ LYRICS)

The Monochrome Set - Jet Set Junta (Official Video 1983)

Papas Fritas - I'll Be Gone (2000)

Pas de compagnie créole, désolé maman